La bataille stratégique engagée depuis quelques mois autour de l'édition numérique oppose des détenteurs de contenus (des éditeurs) et des propriétaires de tuyaux (des opérateurs de l'Internet ou des télécoms), ainsi que l'avait déjà souligné Bruno Patino dans son rapport sur le livre numérique en 2008.
Les seconds mangeraient bien les premiers tout cru. Ces derniers font savoir qu'ils en ont vu d'autres et qu'ils savent attendre dans la position de la "tortue", aussi bien que les légions romaines d'Asterix.
Bien entendu, la crise aidant, les éditeurs ont compris qu'il n'était pas raisonnable de se désintéresser totalement de ce gisement de croissance. Oui mais... tant de questions restent sans réponses. Quel canal de diffusion entre l'oeuvre et son lecteur ? Aura-t-on toujours besoin de libraires indépendants ? Sur quel serveur iront-ils se fournir ? Comment pourra-t-on garantir la traçabilité des transactions ? Quelle répartition des marges entre les différents acteurs de la chaîne ? Comment mettre en œuvre les bonnes solutions techniques et anticiper leur évolution ? A-t-on une alternative aux DRM ? Est-on vraiment obligé de produire de l'ePub alors qu'on n'y comprend rien ?
Pour une majorité d'éditeurs, la meilleure façon de se protéger reste l'inertie. Amazon peut bien faire du bruit avec son Kindle... Tant qu'il n'y aura rien d'intéressant à lire dessus, cela ne pourra pas faire de mal ! Mais en réalité, le flou qui entoure aujourd'hui ces questions favorise le développement de solutions globales et d'écosystèmes fermés.
Chez Zebook.com, nous pensons que les intermédiaires entre l'auteur et son lecteur sont les seuls garants d'une réelle diversité intellectuelle. Près de l'auteur, l'éditeur permet de concrétiser un projet éditorial, de lui donner une forme originale et accessible. Près du lecteur, le libraire lui permet de faire des choix mais aussi de dépasser son propre horizon, de découvrir des trésors plus discrets. Ces distinctions gardent plus que jamais leur sens dans une offre numérique envisagée comme pléthorique, voire exhaustive (Google)...
C'est pourquoi nous défendons l'idée que des éditeurs doivent aujourd'hui se spécialiser dans les nouveaux formats afin de garantir la production de livres numériques de qualité et non pas l'inutile transposition de livres papier en pdf... De même, nous travaillons au développement de solutions ouvertes permettant aux libraires indépendants de vendre des livres numériques provenant de tous les éditeurs et non pas seulement ceux du groupe Hachette. Fort heureusement, nous ne sommes pas seuls. D'autres acteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires se mobilisent pour construire un marché du livre numérique ouvert, divers, démocratique... Reste à construire des passerelles pour rapprocher ces bonnes volontés et leur permettre de se faire entendre plus clairement.